Les fesses entre deux mois
Cela fait très longtemps que je n’ai pas repris la plume…et les journées ont passées sans que je prenne le courage d’aller sur internet raconter mes aventures. La paresse est un défaut qui est fort répandu en Inde. J’avoue que ce pêché que j’avais évité en France m’a pris de surprise ici…mais je m’habitue désormais…boire des thés et discuter pendant des heures, à n’importe quel moment du jour et de la nuit, j’avoue que cela a quelque chose d’apaisant.
Octobre : les premiers problèmes de ventre.
Cela faisait 3 mois que je fanfaronnais en disant à tout le monde que je n’avais pas encore eu de problème de digestion et que j’avais un ventre très résistant et que la nourriture des bouibouis du bord de la route ne me faisaient pas peur…j’ai parlé trop vite. Un soir, j’ai mangé de la viande de bœuf avec des copains, achetée dans une ruelle sombre d’un quartier musulman et ce fut fatal. J’ai enfin expérimenté les joies de la course vers les toilettes…et l’étrange impression de faire pipi par les fesses, pour plagier un de mes collègues sciences potards, parti en Inde il y a quelques années.
Octobre : Juliette en Inde !
Séjour de 15 jours de mon amie Juliette, qui est venue vivre avec moi et voyager autour de Delhi. Super moment, même si le temps a bien sûr passé comme une fusée. En quelques jours, Juliette a pu visité tout Delhi : se promener dans les bazars d’Old Delhi, voir la mosquée Jamia Maagyd, toujours aussi magnifique, le Lal Quilal, autrement dit le fort rouge, les jardins Lodi, le Qutb Minar, le Khan Market encombré d’expat occidentaux, SN Market et toutes ses boutiques.
Suite du programme : 4 jours au Rajhastan, pour découvrir Jhodpur la ville bleue puis Puchkar, la ville du festival aux chameaux. Expérience assez impressionnante : les nomades du désert se retrouvent aux portes de la ville pendant une semaine entière pour échanger leurs chameaux et leurs chevaux.
Des milliers de bêtes couvertes d’ornements, des boutiques partout et aussi beaucoup de touristes…du coup les prix sont doublés et il est impossible de marchander ! Mais le moment vaut le coup, d’autant plus que la ville est sympa, disposant d’un lac sacré où tout le monde fait ses ablutions le matin.
Après trois jours de repos à Delhi, nous avons repris la route toutes les deux pour une découverte (redécouverte pour moi) d’Haridwar et un séjour à Agra pour voir le Taj Mahal, passage obligé. 3 jours d’aventures et de fou-rires…Tout d’abord nous avons raté le train à cause d’un rickshaw vala trop lent et d’un ticket mal imprimé, avons pris un bus de nuit tout pourri et sommes arrivées tout endolories à Haridwar à 4 heures du mat’. Super journée à Haridwar, sous le soleil. Repos au bord du Gange, herbe magique avec les Sadus, visite de temples…Puis nous avons repris le train pour rentrer à Delhi et attraper la correspondance pour Agra. Avec seulement une demi heure entre les deux trains à cause d’un arrêt prolongé dans la gare d’Old Delhi, nous nous sommes engouffrées dans le dernier train, l’express qui traverse toute l’Inde jusqu’à Chennai. Bien sûr, nous n’avons pas pris le temps d’acheter nos billets, pensant que nous pourrions nous en sortir avec les controleurs. Arrivées dans la "cabine" (un compartiment normal avec deux draps disposés en rideau pour faire solennel) des chefs du train, nous avons demandé s'il était possible d'acheter un billet et si possible pas trop cher...les contrôleurs nous ont jeté un rapide coup d'oeil puis on marmonné que ce serait cher à cause de l'amende et du fait que ce train là ne s'arrete normalement pas à Agra. Je lui aai demandé le prix et il m'a répondu que ce serait a peu pres 450 roupies par personne (9 euros, ce qui est cher pour le trajet Delhi-Agra) mais qu'il n'était pas tres sur...situation caucasse: c'est à lui que l'on doit acheter le billet mais il n'est pas sur du prix...Bref, on s'assoit et on attend qu'ils en discutent entre eux. Juliette a des fou-rires moi j'essaie de faire la touriste un peu idiote...L'un d'entre eux nous regarde avec un petit sourire pervers "Ne vous inquiétez pas Mesdemoiselles, tout peut s'arranger" Enfin le boss supreme arrive et me demande de m'asseoir en face de lui. "Que puis-je faire pour vous?" "Nous voudrions acheter des billets pour Agra. A cause de notre précédent train, nous n'avons pas eu le temps de les acheter au guichet." Silence. Le chef se concentre. Il passe 5 min à ne rien dire, à regarder le ciel, à me regarder. Je garde mon serieux. Je n'ose pas regarder Juliette de peur de me mettre à rire. La situation est tellement absurde, tous ces pseudo-controlleurs qui se demandent combien ils vont bien pouvoir se mettre dans les poches. Le superintendant griffonne sur un bout de papier 900 roupies pour deux. Je prends mon air le plus dramatique et lui explique que ce n'est pas possible, que c'est beaucoup trop cher, que nous sommes deux petites étudiantes pauvres et que le prix d'entrée au Taj Mahal est deja bcp trop cher...Il reflechit un peu et me donne le prix saugrenu de 742 roupies. Bon, je tente mon regard implorant et je demande 700, ayant l'étrange impression d'être en train de marchander chez un marchand de tapis. Le deal est conclu, les controleurs arnaqueurs mettent directement l'argent dans leurs poches et tout le monde est content. A 1h30 nous arrivons a Agra, ils nous disent de partir vite de la gare car nous n'avons pas de ticket mais forcement les policiers nous choppent a la sortie et il nous faut 15 bonnes minutes pour expliquer que nous avons oublier nos tickets sur la table...les Rickshaw valas arrivent, nous aident à expliquer mais apres veulent absolument nous emmener dans les hotels environnants alors que nous voulons dormir dans la gare. Ils viennent meme nous rechercher dans la salle de repos pour nous dire que nous n'avons pas le droit de coucher ici puisque nous n'avons pas de tickets...bienvenue à Agra, la ville de l'entourloupe. Le pompon de l'histoire, c'est tout de même que nous nous sommes apercues à 5h du matin, apres une nuit dans les odeurs nauseabondes, les moustiques et le sol sale de la gare, que le vendredi, c'etait jour de fermeture du Taj...Nous avons donc visité la ville sans même entrer dans le symbole de la beauté, "une larme sur le visage de l'éternité" comme dirait TAgore, le poète preferé de tous les Bengalis, prix Nobel de la paix en 1913. Fin de voyage assez improvisée, il faut bien l'avouer...
Novembre : Elections à JNU
C'était la fete a la JNU pendant une semaine, puisque les élections syndicales sont toujours quelque chose que tous les étudiants attendent avec impatience. Chaque syndicat choisit ses militants qui se porteront candidats pour représenter les étudiants au sein de l'union syndicale, composée de 4 postes: président, vice-président, secrétaire général, secrétaire adjoint. Tout le monde peut se présenter, meme les indépendants et les associations. Toute la semaine les militants circulent, parlent aux étudiants, tentent de les convaincre, distribuent des petits papiers avec leurs noms...Des meetings sont organisés avec des députés des parties CPIM et CPIML. Puis c'est l'heure des assemblées où les candidats s'affrontent en délivrant chacun un discours argumentatif. Il y a un monde fou, ça dure jusque tres tard dans la nuit et les militants sont tous super excités...ils crient, scandent les slogans, s'énervent. Le candidat a la vice-présidence du syndicat nationaliste ABVP s'est fait chahuté lorsqu'il a déclaré qu'il voulait détruire une mosquée pas loin de JNU pour faire construire un temple hindou par dessus. Il a fallu 20 bonnes minutes pour que les gardes rétablissent le calme. Pareil lorsqu'un candidat d'AISA (extreme extreme gauche) a eu deux minutes de plus que son adversaire SFI (extreme gauche) pour s'exprimer. Apres la journée de vote, une immense tente a été installée devant les centres d'études et pendant 72 heures, c'est la grande kermesse: plein de petits stands, de la musique, et une attente des résultats un peu stressante. Les résultats sont annoncés par interphone au fur à mesure du dépouillement. Et la nouvelle configuration de l'union syndicale n'était pas tres surprenante pour cette année: 2 postes pour AISA et 2 postes pour SFI...JNU reste donc bien révolutionnaire cette année même si Youth for Equality qui se bat contre la discrimination positive à l'égard des basses castes a remporté de nombreux suffrages.
Novembre : Indian Social Forum
Pendant 5 jours, le forum social indien s'est déroulé à Delhi, l'occasion de voir ce qui se fait en matière d'altermondialisme et de mouvements sociaux en Inde. Un autre monde est possible, affirmaient en Hindi les sacs imprimés pour l'occasion. Autour du stade Nehru, trois grands espaces étaient aménagés pour accueillir ONG, associations, librairies ou petits magasins d'objets artisanaux. C'était la fête pour tous les participants qui ont pu échanger sur leurs pratiques et leurs projets. Droits de la femme et de l'enfant, lutte contre le sida, mouvement des paysans endettés, mouvement pour la protection de l'environnement...tous les grands combats que mène l'Inde moderne étaient représentés. De nombreuses conférences sur tous ces sujets et également la projection de nombreux documentaires, très interessants. J'ai vu notamment un film sur une troupe de théâtre de rue communiste qui va de place en place pour jouer de petites pièces allégoriques afin de politiser la population. Corruption des partis au pouvoir mais aussi droit de la femme et massacre des musulmans sont autant de sujets que les comédiens traitent de façon amusante mais avec tres peu de moyens. Le plus beau durant ce forum était sans doute de voir comme tous ces gens, venus des quatre coins de l'Inde, étaient heureux de partager ce moment de communion et d'engagement. Certains venaient pour la première fois à Delhi et c'était donc pour eux l'occasion de visiter la capitale. Certaines organisations communistes étaient présentes également même si plusieurs ont boycotté l'évènement, expliquant que ce genre d'événement est sponsorisé par les entreprises privés et réfléchi par les capitalistes afin de donner l'illusion que les citoyens peuvent encore oeuvrer pour l'égalité et la dignité de l'homme dans le système actuel...