Voyage dans le Gujarat

L’hiver arrive, les exams sont terminés, il est tant de s’éloigner du froid de Delhi. Je décide donc, accompagnée d’un copain français, Julien, de partir faire un petit tour de 10 jours dans le Gujarat, état le plus riche de l’Inde, situé entre le Rhajastan et le Maharashtra, à la frontière pakistanaise. Nous sautons dans le train a 23 heures le 9 décembre pour la capitale : Ahmedabad. Premier voyage un peu difficile : nous ne trouvons pas de couchettes et nous sommes condamnés à partager un bout de couloir avec des militaires indiens. Apres quelques temps, Julien nous trouve une couchette pour deux et nous somnolons dans des positions inconfortables. Je repense avec colère au gros indien hideux qui m’a pincé le sein lorsque je passais dans l’étroit couloir quelques instants plus tôt. Je suis blanche et jeune donc forcément, fille facile et immorale. C est dur pour moi, fille occidentale, d’être victime par moment d’un système caricatural, où l’on ne touche pas les filles indiennes qui restent sages et ne s’approchent pas des hommes mais où l’on se masturbe devant des photos d’actrices américaines…
Première nuit à Ahmedabad dans un hôtel correcte mais sans lavabo. Nous crachons le dentifrice dans le trou des toilettes turques et nous nous douchons en partageant un seau d’eau tiède. Tres bon repas le soir dans un resto réputé : Agashié (Remarque de mon collegue de voyage : c’est presque comme Ya qu’à chier…) Thali gujarati. De nombreux plats a base de légumes, différentes sortes de chapati ( sorte de crepes/pain qui accompagnent la plupart des plats en Inde) de la glace et plein d’autres choses tres bonnes dont je ne me rappelle plus le nom. Dans la salle d’à côté, un buffet somptueux pour un mariage.

Le 11 décembre, nous nous baladons dans la ville, très bruyante et animée. Julien s’extasie devant les piliers de mosquée (jai redécouvert son amour pour les piliers en comptant le nombre de photos sur le sujet qu’il a pris au début du voyage) et moi j’observe les différents casques des motards : casques de chantier, bombes de cavalier, casques intégrales…Nous visitons l’ashram de Gandhi, l’école qu’il a crée pour apprendre à ses disciples le filage, la vie simple, l’oubli du plaisir …pas très gai. L’endroit est agréable mais le personnage n’est pas rigolo. Il a décidé de ne plus avoir de relations sexuelles avec sa femme après la naissance de ses enfants et écrit qu’il ne faut pas manger plus que ce qu’on a besoin et donc rayer tous les plaisirs du palais. Mais Gandhi reste dans l’esprit de la majorité des indiens le symbole de la force spirituelle. C’est la réussite d’un homme qui a entraîné tout son peuple avec lui dans la désobéissance civile et qui a donné l’espoir d’une Inde libérée et authentique.
12 décembre. Train pour Bhuj, capitale de la région du Kutch. Cette fois, grâce à notre statut de blancs privilégiés, nous avons réussi à obtenir des couchettes. Petite guest-house très accueillante, fréquentée par de vieux routards anglais et ville super agréable. Nous nous promenons dans les petites ruelles, à certains endroits les maisons sont en morceaux, il ne reste que des pans de mur : le séisme de
Le lendemain, munis de notre permis pour visiter les villages du nord de Bhuj, nous prenons le bus à 7h30. Les paysages défilent, désertiques. Par endroit on aperçoit des étendus de sel : cette région du Gujarat se voit inondée par la mer durant l’hiver. L’eau s’évapore l’été et laisse sur son passage du sel, grande richesse pour la population. Nous arrivons à Khavoda en fin de matinée et sommes un peu perdus, au milieu de nulle part. Prenons un thé au bord de la route et après avoir discutés avec quelques habitants, nous partons avec l’un d’eux visiter le village. Les motos-taxi sont magnifiques, décorées de toutes les couleurs et les hommes portent des foulards super kitsch à fleurs enroulés sur leur tête. Au début nous pensions qu’ils avaient emprunté le foulard de leur grand-mère puis nous avons compris que c’était la mode locale. Mais même avec leurs fleurs sur la tête, ils conduisent les tracteurs et ne perdent rien de leur virilité. Nous prenons une jeep à 11h. Une gamine s’endort sur mes genoux, sa mère à côté de moi tend son voile pour cacher son visage. Les femmes des tribus sont splendides : des visages éclairés, marqués par de lourds bijoux. Les bras sont recouverts de bracelets, les broderies et les assemblages de tissu sont splendides.

Nous arrivons à Kuran, dernier village avant le Pakistan. Environ 14 décembre. Journée transport. A 10 heures, après moult remerciement à notre ami instituteur et à sa famille, nous reprenons la jeep puis nous attendons le bus deux heures à Kavoda. Ensuite nous reprenons le bus à Bhuj pour Mandvi, petite ville sur la côté. Arrivée à 17 heures. Les gros bateaux en bois nous accueillent à la lumière déclinante du soleil. Je mets les pieds dans la boue. Les enfants jouent avec les crabes et les ouvriers travaillent sur des échafaudages qui forment avec les coques de beaux quadrillages en bois. Lendemain, journée plage. Après la visite d’un superbe palais de Maharaja, nous prenons un déjeuner sur une plage privée et dégustons du très bon poisson. Nous nous baignons dans la mer d’Arabie. L’eau est salée mais délicieusement bonne. La plage déserte. 
Bus de nuit. Janagar. Très beau marché aux légumes dans un vieux bâtiment. La lumière perce par les bâches trouées. Les gens sont incroyablement gentils. Un marchand au bonnet rouge pose devant un panier de piment de la même couleur. Mais l’image est floue… Bus pour Junagath. Arrivée à 21 heures.
17 décembre. Visite de la ville. Fort, grottes bouddhiques, puits, superbes monuments, mix d’influences européennes, mogholes, hindu. Des enfants nous accompagnent, s’énervent, veulent faire des photos. L’un d’entre eux, 14 ans, veut se marier avec moi. Il me serre très longtemps la main, me regarde dans les yeux. « Tu ne m’oublieras pas ? » Bus à 16 heures. La route est très mauvaise. Le paysage magnifique. Le soleil se couche, ça ressemble à la savane et j’essaie tant bien que mal de m’accrocher à mon livre, malgré les nombreux soubresauts. Nous arrivons à Sasan Gir. Je suis déçue par 18 décembre >Départ à 6 heures du mat’. Les anglais derrière nous dans la jeep sont très énervés car cela fait trois jours qu’ils attendent de voir des lions. Je me dis qu’on aura plus de chance qu’eux. Et après une heure dans la réserve et une demi-heure à écouter les rugissements, nous apercevons deux lions mâles derrière les fourrés. Les anglais sont fous de joie et le guide est heureux de nous faire plaisir. Nous repartons dans le village pour attendre un bus pour Diu, petite île pas trop loin de la côte, ancienne colonie portugaise. Le bus a du retard, l’anglaise en a marre d’attendre mais finalement nous montons dans un bus. 4 heures de route au lieu de 2…on commence à saturer de ces longs voyages pour quelques kilomètres. Un paysan nous offre un baton de canne à sucre et un bidi. Arrivée très fatiguante à Diu. Nous ne supportons pas de payer les ricksaw valas très badmash (escrocs en hindi) et attendons le bus local pour arriver dans le centre de Diu. Mon sac est lourd, la première guest house est complete, je m’écroule finalement dans une chambre pour 6 que nous louons pour 2. La journée suivante se fera sous le soleil, sur une mobylette toute neuve. Visite d’églises, repas avec des pêcheurs et sieste sur la plage, parmi les touristes indiens.
21 décembre. Journée à Alang. Nous essayons de rentrer sur le chantier de déconstruction de bateau qui acceuille des bateaux des quatre coins du monde. Le Clémenceau aurait dû être détruit là bas mais il fut rejeté car trop dangereux. On ne nous autorise pas à pénétrer la zone, il faut un permis que nous n’avons pas depuis que Greenpeace a fait un rapport il y a quelques années sur les conditions de travail effroyables des ouvriers. La psychose est bien là, beaucoup ne nous regardent pas d’un bon œil : ils craignent que nous ne soyons des journalistes et que nous mettions en danger leur emploi. Je chine un peu dans les magasins qui vendent les objets récupérés sur les bateaux et trouve une chapka russe. Julien a pris un coup de chaud, il a de la fièvre. Fin de voyage difficile. Bus et train. Route, bosse, lecture, on somnole. Gare, tickets, attente. Je pars à Bombay chez ma tante, ma famille me rejoint dans 3 jours. Julien repart à Delhi.
Joyeux Noël.