Varanasi - 7-8-9-10 septembre

Publié le par Desquesnes

J'ai retrouvé le Gange. Plus grand, immense et beaucoup plus sale aussi. D'une couleur crémeuse, marron cappuccino. Le breuvage n'est pas sucré, il est plutôt infesté de toutes les bactéries possibles et inimaginables. Le courant emporte avec lui les sacs et les bouteilles en plastique, les excréments et les mégots de cigarette. Tout ce que l'homme rejette, le Gange l'emporte. La Grand-mère, comme on surnomme le Gange, se nourrit de poison et contamine ainsi tous les villages qu'elle traverse. Mais le fleuve est sacré alors on ne se soucie pas des dangers qu'elle transporte: on s'y lave, on s'y baigne et rebaigne et on la boit parfois.

            Ici, dans les rues de Varanasi (plus connue sous le nom de Bénarès) la frontière entre le temporel et le sacré s'estompe et chaque geste de la vie quotidienne prend l'aspect d'un rituel. Du geste le plus trivial (déféquer sur les rives du fleuve) aux ablutions les plus pieuses, l'eau du fleuve est le réceptacle de chaque geste de la vie quotidienne. Tout se confond le long de ses rives: les chants et les rires, les prières des sadus et les mouvements des lavandières. Les ruelles de la vieille ville sont saturées de religieux. Partout, il y a les petits autels illuminés, les vendeurs d'offrandes, les fleurs, l'encens, la musique et le son des cloches. La ville, pourtant emplie de déchets et d'énormes bouses de vache, est embellie par l'architecture. Les vieilles maisons ouvrent leurs portes sur des arrière-cours, des mirs roses et des fenêtres vertes. Les façades laissent s'enchaîner des tons pastels, délavés: bleu ciel, turquoise, jaune pâle.

            Et au coin d'une rue, tout à coup, une petite procession. Une demi-douzaine d'hommes apparaissent, psalmodient en cadence quelques mots d'Hindi. Ils portent un corps mort sur un brancard. On devine juste la silhouette puisque le corps est enrubanné dans des tissus jaunes, rouges et dorés. Les porteurs descendent d'un pas rapide la ruelle et emmène le corps au bûcher. Le défunt brûlera avec d'autres corps, sur une esplanade qui surplombe le Gange, ou bien sera directement jeté dans le fleuve, selon certains caractéristiques. Car les sadus, les lépreux, les femmes enceintes et les nouveaux-nés ne sont jamais brûlés. On les enrubanne de tissus sacrés et trouvent dans le Gange la paix éternelle. Essayez d'imaginer le nombre de cadavres qui habitent ses profondeurs…les autorités ont d'ailleurs introduit des tortues carnivores pour finir les restes de corps humains, car la situation devenait ingérable. Du balcon de notre guest-house, nous avons d'ailleurs aperçu un bras gonflé qui sortait de l'eau…étrange vision…

 

            Et Masoud, dans le cyclo qui nous emmène à l'université de Varanasi, entre un coup de fil de ma grand-mère et une manifestation d'intouchables, me dit: "Tu vois, on peut découvrir beaucoup de pays par la lecture ou les films mais l'Inde, il faut y mettre les pieds. C'est impossible de la comprendre sans la toucher ou la sentir. Life is everywhere."

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Publié dans Carnet de voyage

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