Kolkata - 1er au 10 octobre

Publié le par Desquesnes

Que garderons-nous de Calcutta?

Des taxis jaunes, des gens qui vivent dans les rues, des enfants qui nous agrippent et nous embrassent les mains, des bidonvilles à l'infini le long des voies de chemin de fer, de belles rues pleines de lumière et d'armatures en bambou, la voix de Julien qui déchiffre en Hindi les noms de train dans une gare où nous attendons désespérément l'heure de notre départ. Un immense pont en fer, la tour Eiffel couchée, saturé de monde et de voitures, des gens qui marchent et nous bousculent. Ils portent sur leurs têtes d'énormes sacs en toile de jute, des cartons lourds et empilés, des caisses emplies de poissons, des paniers plein de fleurs. Se dévoile ici une Calcutta étouffante au pied de ce pont imposant qui enjambe le Gange. Le marché aux fleurs sent la pétale pourrie, suinte l'herbe et les tiges et laisse sur nos pieds nus des traces de boue séchée. Les pistils ne semblent pas vouloir solliciter nos narines. Il fait nuit et le bruit du traffic accompagné de l'odeur des pots d'échappement rend l'atmosphère étouffante.

Je garderai en mémoire l'immense rue aux livres, College Street, avec toutes ses échoppes en bois peint remplies de vieux bouquins, d'albums jaunis et de pavés de physique. Sur des pancartes, on lit les spécialités de chaque bouquiniste: English literatur, mathématics, informatic…Au coin d'une rue, il y a l'Indian coffee house, où les habitués viennent boire des verres, dans une immense salle où les serveurs portent des toques et les murs des affiches incompréhensibles. Et puis bien sûr, Calcutta c'est aussi le nombre incroyable de pâtisseries aux devantures remplies de gâteaux bengalis, c'est le Victoria Memorial, son immense jardin et son imposant musée, c'est la pluie et les bâches des échoppes qui ploient sous le poids de l'eau, ce sont les tas de fines spaghettis dans la rue, les restaurants musulmans et les grandes maisons décolorées qui datent de l'ère coloniale, entamées par le temps et envahies par des arbres qui grimpent le long des façades. C'est tout ça à la fois, un vrai beau désordre, un ville bouillonnante de vie et d'énergie, qui bouscule dans nos têtes des pensées contradictoires, des remises en question. Pourquoi passer deux heures, tels des touristes affamés de pauvreté, dans les bidonvilles surpeuplés? Quel but nous anime? Une envie de sensationnel, un spectacle depuis si longtemps attendu? Ou bien simplement le besoin d'y aller parce qu'il y a cette envie de voir, de se heurter à la réalité? Et puis repartir, manger à sa faim, boire un cocktail cher dans un bar de nuit…Une réalité difficile à analyser lorsque notre vocation n'est pas celle d'un social worker. Il sera toujours temps de revenir, d'offrir un peu de notre temps, d'essayer de contribuer à l'amélioration de la vie de ces hommes, ces femmes et ces enfants qui passent leurs journées à récupérer des bouts de plastiques dans les poubelles de la ville.  

 

Et une envie de marcher, encore, sur les trottoirs de la cité de la joie.

 

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Publié dans unandinde

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