Namkhana
Dernières heures à Calcutta. Nous sommes revenus hier soir de Namkala, village de pêcheurs à la pointe du Benghal occidental, où nous avons passé le week-end, avec deux copains. Premier séjour dans la campagne indienne et première vraie confrontation avec l'altérité. Trois blancs qui débarquent dans un coin du golfe du Benghal, c'est un peu comme la visite de trois pingouins en Afrique noire. A peine descendus du bus, les gens sortent des boutique, entrent dans celles où nous entrons et demandent dans un anglais hésitant les queslques questions qu'ils connaissent. Même dans un coin aussi reculé, pratiquement tout le monde connaît Zidane et la dernière coupe du monde est encore bien rpésente dans les esprits. C'est donc grâce à la télévision, ce média qui rassemble les peuples autour d'un terrain de foot, que les conversations prennent un ton exalté et joyeux.
Les paysages et la vie tranquille rendent l'endroit apaisant. La fin de la matinée est cependant animée par le va-et-vient des porteurs de glace qui déposent sur la jetée de gros blocs d'eau gelée qui servira à congeler les poissons tout frais pêchés. Les gros bateaux colorés sont arrimés au port et les pêcheurs trient le poisson sous un soleil qui tape déjà trop fort. Après quelques photos, je rencontre un pêcheur au visage marqué et aux mains abîmées. Sa peau tannée et tendue comme du cuir pèle sur des doigts à l'aspect dur et sec. Mais la poignée de main est chaleureuse et le sourire communicatif. C'est sous la pression de ses doigts et sa façon se poser son autre main sur mon dos que je sens tout le bonheur qu'il ressent à partager un moment de sa vie avec nous. Une grande fierté également, car tout le village n'a pas cet honneur! Nous ne sommes ni des ministres, ni des artistes célèbres, ni même des stars du football et pourtant notre présence déclenche chez lui un petit chamboulement, dans une vie monotone et sans doute répétitive. Flanqué de ses nouveaux compagnons, il traverse le village, fier comme un paon, nous offre des cigarettes, nous emmène boire un thé. Sa maison ne paye pas de mine mais l'endroit est bien entretenu, très propre et l'accueil nous ôte tout embarras. Les enfants sont joyeux, se poussent devant l'objectif, les femmes belles et bien en chair. Julien exerce son hindi, Philippe observe la pièce, sur un grand lit qui occupe les ¾ de la pièce et qui sert de fauteuil pour l'occasion. Notre pêcheur nous explique qu'il loue cette unique pièce pour toute sa famille, que son fils n'a pas de travail et que ses virées sur l'eau durent 10 jours. Il lit le journal tous les jours, ce qui nous étonne beaucoup, connaît Blair, Bush et Chirac. Le soir, lorsque nous le retrouvons pour boire un thé, il remercie Julien d'avoir décliner son invitation à boire du whisky. Plusieurs fois, il lui sert la main avec vigueur. Le gérant de notre guest-house, la seule de Namkana, vient de nous apprendre qu'il avait un penchant sérieux pour l'alcool, comme les ¾ de la population masculine. L'ennui et la dureté d'une vie de pêcheur doivent y être pour quelque chose. La rencontre se terminera par un échange d'adresse et un séjour de 5 minutes devant la télé collective où se joue un bollywood bengali tout ce qu'il y a de plus kitch.