C'est la fin des haricots...

Publié le par Desquesnes

 

 

 

    Il était temps de quitter Delhi. Puisque le temps avance et que les pensées courent ( beaucoup d’entres elles sont déjà parties se réfugier en France, certaines dans un café cherbourgeois, d’autres dans une rue de Paris) alors oui, sans doute, le temps qui passe nous indique qu’il est temps. c’est bientôt la fin du film. Et un nouvel épisode commence. Le campus, après la fin des exams, se vide peu à peu. Et ceux qui restent endurent deux grands maux : la chaleur et les coupures d’eau. Une chaleur sourde, à la limite du supportable, qui vient souffler comme une brise dans les pans de nos pantalons larges et laisse sur notre front des lignes humides, sueur mélangées à de la poussière. A peine sortie, je suis assommée par la température et il me suffit de quelques pas pour sentir l’humidité m’imprégner. Les pores transpirent, comme des poissons hors de l’eau tentant de respirer…la technique la plus efficace est alors de rester dans sa chambre la journée et de tourner le ventilateur au maximum. Dans les couloirs, les portes entrouvertes laissent percevoir partout la même scène : étudiants endormis à 14h, en sardines sur les lits, tels des épaves sur un sable brûlant. Les chiens eux, ont choisi une autre technique : ils guettent les fuites sous les grands tanks de réserve d’eau et s’allongent dans les mares de boue. Ces tanks sont disséminés dans tout le campus pour parer aux coupures d’eau qui peuvent parfois durer plus de 24 heures. Les plus malins remplissent leurs seaux quand il y a encore de l’eau et les distraits, eux, restent sales pendant quelques heures supplémentaires. Chanceuse comme je suis, ma colocataire, le cœur sur la main, me remplissait toujours mon seau en mon absence…et puis très vite on s’habitue : il suffit de se lever avant 9heures du mat’, de prendre une première douche le matin puis une autre le soir, vers 18 heures. On évite ainsi la coupure d’eau de la journée qui, soit dit en passant, laisse aussi les chasses d’eau à sec et entraîne des odeurs des plus agréables…

 

 

« Come tomorrow… »

 

 

 

Procédure de départ. Comme pour chaque processus administratif, notre chère administration nous demande signatures et aller-retour avant de pouvoir rendre définitivement les clés de la chambre. J’eus pour ma part la chance de participer à un vrai cirque de bureaucratie. Récapitulatif en quelques étapes :

1)      Le trésorier me donne une première fiche, sur laquelle je dois noter la date de mon départ. La dite-fiche doit ensuite être signée par une poignée de responsable : le gardien de la résidence, le responsable du self, le trésorier…

2)      Tout d’abord, il faut payer la note du self. Je pensais que ce serait très simple pour moi, étant donné que j’avais rempli une fiche en janvier indiquant que je ne mangeais plus au self. Mais, bizarrement ma note s’élève à 2000 roupies. C’est à dire, 40 euros. J’explique que ce n’est pas possible et on me demande de revenir l’après-midi, ils vont réparer l’erreur…

3)      Je reviens, le responsable du self est là. Le trésorier commence alors une série d’addition et de soustraction, je ne comprends pas du tout ce qu’il additionne et ce qu’il soustraie mais ça, oui, il sait manier les chiffres. Au final, il me faut payer 500 roupies. D’où sortent ces roupies, je ne sais absolument pas. Je commence à m’énerver, je clame que je ne paierai jamais . A ma grande stupeur, le responsable du self dit alors qu’il va payer à ma place. Je m’effondre…Ils m’expliquent finalement qu’il y a eu une erreur, mais ce n’est la faute de personne et puisque sur le cahier sacré du trésorier il est écrit que je paie le self comme tout le monde, alors on ne peut rien faire. Il faut donc simplement jouer un peu avec les chiffres, me faire payer un peu et le problème est résolu. Je suis abasourdie par la façon dont ils me regardent en souriant, une fois que tout est réglé…Pour me calmer, il m’explique que je vais récupérer mon chèque de caution. 1250 roupies. « Come tomorrow »

4)      Le lendemain, je vais collecter la signature du responsable de la résidence afin d’obtenir ensuite mon chèque. Le dit responsable est occupé ( pour une fois qu’il est là) et me dit que l’après-midi, le chèque sera signé.

5)      Après une semaine de pour-parler, j’obtiens mon chèque. Mission accomplie…

 

 

 

 

Dernier café sur les marches, devant l’entrée du lieu où j’ai dormi pendant un an. Il fait bon, c’est la fin d’un orage. Le ciel est bizarrement éclairé.. Je regarde la petite clairière devant moi, les buissons qui cachent les paons et les vaches qui défilent. Sur ces marches, j’ai beaucoup discuté, beaucoup appris. J’ai parlé à des gens de toutes l’Inde, à des étrangers. J’ai été parmi les autres, j’ai été une étudiante parmi tant d’étudiantes. Bien sûr différente, mais avec pas mal de préoccupations semblables. Des dissertations à finir, des mails à écrire, une petite sortie à prévoir, des revendications quant à la mauvaise qualité de la nourriture…

Après avoir envoyé 40 kilos de livres par la poste, fermé les sacs et donné les matelas aux copains, il n’y a plus qu’à écouter la chambre vide qui résonne. C’est à ce moment précis que l’on se rappelle le premier regard que l’on a jeté dans cette même pièce, 10 mois auparavant. Cela paraissait un peu sale, un peu triste. Le cercle se referme, c’est toujours un peu sale, un peu triste aussi , mais entre les deux, il y a toute cette vie qui a occupé la pièce, il y a toutes ses nuits à lutter contre les moustiques, à se blottir contre le froid de l’hiver, à discuter avec l’occupante du lit d’à côté. Cet endroit on y a vécu, on y a été heureux, au milieu de ce grand fouillis qu’est la vie à JNU. Une effervescence marquée dans mes souvenirs et que je retrouverai peut-être un peu plus tard dans mes études.

 

 

Etape suivante : cap vers le Maharashtra.

 

 

95 suicides de fermiers en mars dernier dans la région de Vidharba, Maharashtra.

En 10 ans, de 1993 à 2003, environ 100 000 fermiers ont mis fin à leur existence dans les campagnes indiennes.

Obligés de s’endetter pour cultiver leurs champs, harcelés par les prêteurs, désespérés par la différence entre le prix et le coût de production, délaissés par le gouvernement et sa politique libérale, les paysans indiens baissent peu à peu les bras, dans un combat pour la vie qui ressemble plus à de la survie.

Sur les traces des suicidés, je pars en reportage, choquée par l’immobilité d’un gouvernement qui ferme les yeux devant la détresse de ses campagnes.
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Publié dans unandinde

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G
Déjà de retour en France ? En tout cas, bravo pour ton blog qui nous aura permis de connaître quelques unes de tes expériences indiennes. Même si toutes ne sont pas aussi réjouissantes que celles de l'administratif... ;-)
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