On est comme des eponges...

Publié le par Desquesnes

La chaleur et l'humidité nous cueillent à la sortie de l'aéroport. Elles  nous inondent d'une moiteur sourde, muette, excitante: ça y est, ici commence ma rencontre avec l'Inde. Arriver la nuit, cela donne quelque chose de magique, parce qu'on ne distingue pas tout, alors on imagine, on rappelle à nous des souvenirs afin de mieux identifier les choses. Par la vitre du taxi, je vois des appartements, des hommes dehors, des échoppes presque vides. Clémence sursaute à la vue de notre première vache. Elles sont belles, sombres,majestueuses avec leur bosse imposante. Il y a beaucoup de circulation, beaucoup de klaxons et des rickshow partout, petites mobylettes couvertes comme des carrosses law cost, verts et jaunes, drôles comme des véhicules de bande dessinée. Marion nous attendait à l'appartement qu'elle a loué, dans une rue de Munirka DDA Flat. La nuit est calme dans le quartier, nous sommes entrés dans une zone résidentielle plutot tranquille. On entend simplement le gardien de la cité, qui tape du bâton et siffle de temps à autre. Ce qui est drôle c'est qu'on ne le voit pas, on l'entend juste: j'imagine alors un cerbère grand et encapuchonné, portant une bure de moine et un long baton taillé. Sur la terrasse, avant de se coucher sur nos matelas colorés, posés côte à côte à même le sol dans une seule chambre, nous échangeons quelques impressions. Mais les mots ont du mal à sortir.

 

 

Voici maintenant trois jours que nous sommes arrivés. Peu à peu nous nous habituons à la chaleur, au bruit du ventilateur la nuit, aux coupures d'eau et d'électricité, à la sueur et aux démangeaisons de piqûres. Les gens nous regardent parfois curieusement, surtout lorsque deux nanas occidentales se hasardent à acheter des bières et des cigarettes. Hier, nous avons visité le campus de Jawaharlal Nehru University, lieu dans lequel nous étudierons cette année. C'est immense, avec beaucoup d'arbres et d'espaces verts, des singes et parfois des daims. Les gens se déplacent en scooter , en rickshaws ou en mobylette, pour aller d'un secteur à un autre. Les murs sont déjà tapissés d'affiches faites main par les membres des différents syndicats. Elles sont superbes, très colorées, avec des slogans et des dessins symboliques. FSI et AISA sont les deux syndicats d'extreme gauche les plus visibles: visage du Che, slogans contre le capitalisme et le système des castes...Les étudiants sont très engagés à JNU mais de tous les bords: des slogans d'extrême droite côtoient ceux de la gauche. Et l'accueil est à la hauteur du lieu: le président de l'association des étudiants étrangers, nigérian, est venu nous accueillir, nous avons salué un palestinien, un syrien et des autrichiennes et ..., une indienne qui part à Sciences-Po en septembre nous a fait visiter sa chambre. J'aimerai bien vivre ici. Les gens ont l'air tellement ouvert à la discussion, les chambres ne sont pas si petites et la vie du campus risque d'être animée.

 

 

Le soir nous avons dîné avec nos amis français qui étudieront à la Jamia Islamia, université qui a connu quelques troubles ces derniers temps puisqu'une manifestation d' étudiants qui n'avaient pas leur année a été réprimée violemment par la police la semaine dernière. L'université est pour le moment fermée. Mais les garçons sont contents, ils nous ont raconté leurs péripéties culinaires, leurs problèmes pour s'inscrire et les visites matinales des maîtres d'hôtel, lorsque tout le monde dort encore.

 

Cet aprèm, nous avons décidé de nous immerger dans Old Delhi, la Delhi bouillonnante de vie et de couleurs...

 

 

J’ai l’impression d’être une éponge, j’absorbe tout ce que je vois. Les odeurs, les couleurs et les sons : trop de choses à voir, des gens qui bougent partout, nous frôlent et nous poussent. Nous sommes à chaque seconde absorbés par ces milliers de vagues humaines, sur la grande rue de Old Delhi. Trop de choses à voir. Les bâtiments sont beaux, majestueux, même lorsqu’ils sont décrépis, sales et que les bords de leurs murs sont arrondis, élimés. Ocres, gris sales, briques, les uns à coté des autres, ils forment une belle harmonie : le regard n’est pas choqué par l’assemblage inégal des structures : un immeuble en lambeau côtoit un palais aux couleurs châtoyantes et aux colonnes et aux voûtes parfaitement tracées. Dans la rue, tout le monde marche, emportait par le flux. Il y a les cycles, des hommes maigres mais musclés qui transportent des touristes ou des indiens aisés à la seul force de leurs cuisses, les voitures, les hommes qui portent de lourds baluchons sur leurs têtes, les femmes et leurs enfants, les vendeurs de bananes qui poussent devant eux leurs charrettes.

 

 

On se perd, on tourne la tête et les talons à chaque minute.

 

On se perd, hélés par les boutiquiers à la chemise impeccable.

 

On se perd, on cherche l’ombre sous les arcades de la rue couverte.

 

 

On se perd mais on se retrouve toujours. Même dans les ruelles plus sombres du bazard aux tissus et aux bijoux.

 

 

La lumière est tellement belle. Il est 18-19 heures et le soleil descend derrière les grands immeubles. Ses rayons dessinent les visages et les corps. Un côté dans l’ombre, l’autre dans la lumière.

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Publié dans unandinde

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